Limbo
© Joana Linda

Limbo : L’odyssée métisse de Victor de Oliveira

À La Colline - Théâtre national, le metteur en scène et comédien luzo-mozambicain interroge, dans un seul en scène inspiré de son vécu d’enfant métisse, l’héritage de la colonisation portugaise.

Tous les métisses n’auraient-ils pas, au fond, la même histoire ? C’est la question que semble poser Victor de Oliveira, avec ce seul en scène joué d’abord au Portugal — le pays où il a vécu et grandi —, avant d’être exporté sur les scènes italiennes, tchèques et parisiennes.

Intégralement vêtu de noir sur un plateau plus blanc que blanc, le performeur expose, aïeul par aïeul, la grande mosaïque de son arbre généalogique : grands-pères blancs européens, grands-mères noires mozambicaines et indiennes, puis ses propres parents, eux-mêmes issus de ce mélange entre colons et colonisées. Le résultat de ce métissage, l’auteur, statique sur scène, souhaite en faire une revendication politique.

Anecdote après anecdote, le metteur en scène et comédien luzo-mozambicain dresse l’inventaire de cette existence à la marge de toutes les communautés : au Mozambique, où il passe la première partie de son enfance, il est jugé trop blanc par les Noirs qui l’entourent. Et lorsqu’il émigre au Portugal, les Blancs lui font cette fois-ci comprendre qu’il est trop noir pour être des leurs.

Ses premiers rôles au théâtre sont eux-mêmes teintés de cette violence raciste subie tout au long de sa vie : lorsqu’il commence le théâtre à Lisbonne, certains s’étonnent qu’un enfant métis puisse jouer le petit prince de Saint-Exupéry puis, plus tard, le narrateur de La Recherche de Proust. D’un pays à l’autre, les accusations se répètent, se ressemblent, et assènent la même sentence : être métisse, c’est n’être le bienvenu nulle part.

Le ton est un peu professoral — le comédien, qui joue en français, peine parfois à donner le bon rythme à son texte —, et l’on s’y perd dans la multiplicité des anecdotes, récits de l’enfance, textes empruntés à des auteurs de la Négritude et autres textes inspirés par la révolution mozambicaine. Ce que Limbo retranscrit avec le plus de justesse, c’est encore cette rage, féroce, qu’inspire à son auteur ce monde entièrement modelé par et pour les Blancs. Vient enfin l’espoir, suscité par certains mouvements hautement politiques comme Black Live Matter, et cette puissante question empruntée à Aimé Césaire, dont les mots, à la fin du spectacle, restent encore en suspens : « Qui sommes-nous ? Que sommes-nous dans ce monde blanc ? »


Limbo de Victor de Oliveira
Petit théâtre 
La Colline-Théâtre national
15, rue Malte-Brun
75020 Paris
du 8 janvier au 8 février 2025
durée 1h15

conception et interprétation – Victor de Oliveira 
collaboration dramaturgique – Marta Lança  
vidéo d’Éve Liot 
musique d’Ailton Matavela  
lumières de Diane Guérin 
assistanat à la mise en scène – Miranda Reker

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