Vos débuts
Votre premier souvenir d’art vivant ?
Dominique Blanc interprétant Phèdre dans la mise en scène de Patrice Chéreau. Je la découvre sur un petit téléviseur, en cours de français, au lycée. Je suis scotchée par sa grâce presque mystique, par cette façon dont le monstrueux se mêle au sacré. Elle est transformée, sublime, portée par la langue et par quelque chose de plus grand qu’elle. Je suis fascinée.

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette voie ?
J’ai découvert le monologue Stabat Mater Furiosa de Jean-Pierre Siméon. J’étais en prépa littéraire, persuadée que je voulais passer ma vie à étudier les grands textes. Et puis, soudain, je me suis rendu compte que je préférais les dire plutôt que les lire.
Pourquoi ce métier ?
D’abord, pour se donner lieu, pour faire quelque chose qui ait du sens. Je crois profondément que l’art peut sauver. Soigner nos sociétés, éviter les dérives. Relier les gens, permettre d’être ensemble. Je crois beaucoup à la catharsis.
Ensuite, peut-être pour m’échapper. Pour vivre d’autres vies, raconter d’autres histoires, prendre congé de moi-même. Et puis, finalement, à force de travailler, on comprend que c’est aussi une façon d’explorer ce compagnonnage avec soi. Mieux s’appréhender pour mieux appréhender les autres, et le monde.
Racontez-nous le tout premier spectacle auquel vous avez participé. Une anecdote marquante ?
Je crois que c’était un Molière, en cours de français au collège. J’avais mis les lunettes à double foyer de mon arrière-grand-père, qui me faisaient des yeux énormes, et j’avais pas mal fait rire la classe. J’ai fini par les garder précieusement, persuadée que c’étaient elles qui me permettaient de jouer. Comme une sorte de talisman, des lunettes magiques.
Passions et inspirations
Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Je dirais Théo Askolovitch. J’ai d’abord collaboré avec lui sur un texte très intime qu’il avait écrit, Zoé et maintenant les vivants. Puis, pour Seule comme Maria, c’est lui qui s’est proposé de m’aider. Chacun est venu accompagner la blessure de l’autre. Créer ensemble est une joie immense.

Quelles sont les belles rencontres qui ont marquées votre parcours ?
J’ai été marquée par ma rencontre avec Albert Dupontel, dont j’admire le travail. Plus tard, par Robert Guédiguian et toute sa troupe. Par Maria Schneider aussi, même si c’est une rencontre imaginaire.
Le travail de Marina Abramović m’inspire énormément. Le jeu de Gena Rowlands aussi.
Où puisez-vous votre énergie créative ?
Dans mes angoisses, la plupart du temps. Dans ce qui m’entoure, souvent les petites choses. Dans les livres. Dans les autres.
En quoi ce que vous faites est essentiel à votre équilibre ?
Je ne sais pas s’il est essentiel à mon équilibre… mais ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’il permet le déséquilibre.
L’art et le corps
Que représente la scène pour vous ?
J’adore être sur scène, mais ce que je préfère, ce sont ses bords. Les endroits cachés, dérobés aux spectateurs. Ces espaces de transition entre le réel et l’entrée en jeu. C’est souvent là que je me concentre. De là, en levant la tête, on peut admirer la hauteur et le silence d’un théâtre. Comme une cathédrale.
![Zoé [et maintenant les vivants] de Théo Askolovitch © Christophe Raynaud de Lage](https://www.loeildolivier.fr/wp-content/uploads/2023/10/231004_RdL_0272.jpg)
Avant de jouer, je touche toujours la scène, par superstition. On dit que les arbres sont dotés d’une sensibilité, alors peut-être que le bois aussi ? Comme on toucherait la coque d’un bateau avant une grande traversée.
Où ressentez-vous, physiquement, votre désir de créer et de jouer ?
Dans la poitrine, dans la gorge, dans les jambes.
Rêves et projets
Avec quels artistes aimeriez-vous travailler ?
J’adorerais travailler avec Pascal Rambert.
Si tout était possible, à quoi rêveriez-vous de participer ?
Une tragédie grecque dans la Cour d’honneur du Palais des Papes. Jouer Antigone ou Électre…
Si votre parcours était une œuvre d’art, laquelle serait-elle ?
Peut-être Corrida de Francis Bacon. Ou la chanson d’Aznavour, Emmenez-moi.
Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore
Seule comme Maria de Marilou Aussilloux & Théo Askolovitch
Création le 14 janvier 2025 à l’Athénée – Théâtre Louis Jouvet
durée 1h05
Reprise
5 au 23 mars à l’Athénée – théâtre Louis Jouvet
Avec Marilou Aussilloux
Création lumière de Nicolas Bordes, Création sonore d’Antoine Reibre & Création vidéo Jules Bonnel
Assistant à la mise en scène – Sébastien Truchet
Avec l’aide de Mady Zerah et Sophie Farsat