Dès les premiers mots, les premières pages, une voix s’impose. Brute, tendue, presque nerveuse. La narratrice, en proie à une passion dévastatrice, se livre sans détours. Elle aime L., une femme énigmatique. L. est celle qui tourne le dos en enfilant ses chaussures, qui fuit avant qu’on ne puisse la retenir, que l’on voit dans la pénombre. Un amour qui crépite, fait de rires éclatés, de disputes cinglantes, de corps qui se cherchent, s’évitent et se retrouvent.

Le texte oscille entre pudeur et crudité, entre retenue et abandon. Chaque geste compte, chaque regard pèse. L’autrice écrit avec une énergie brute, directe. Pas d’effets de style inutiles. Juste l’essentiel. Une écriture qui capte l’instant, les silences lourds, les failles invisibles.
Et puis, il y a l’ombre du père, qui évoque l’enracinement de l’autrice et son amour chevillé au cœur pour son île natale. Corse, bavard, un brin misogyne, figure à la fois agaçante et drôle dans ce tumulte de passions féminines. Il donne à la narratrice un ancrage, une autre réalité, entre révolte et attachement.
La Fille verticale ne raconte pas seulement une histoire d’amour, mais parle d’attachement, du désir de retenir ce qui échappe, de la douleur quand l’autre reste inaccessible. Un roman vif, troublant, qui laisse une empreinte bien après la dernière page.
Olivier Frégaville-Gratian d’Amore
La Fille verticale de Félicia Viti
Éditions Gallimard
paru le 22 août 2024
110 pages
prix conseillé 15,50 €