Est-ce que « vous connaissez les cinq étapes de la vie d’un acteur ? 1 : Qui est Vivien Leigh ? 2 : Je veux Vivien Leigh ! 3 : Je veux UNE Vivien Leigh ! 4 : Je veux une Vivien Leigh JEUNE ! 5 : Qui est Vivien Leigh ? » Cela résume bien la construction de cette Dernière conférence de Vivien Leigh, imaginée par la comédienne Marcy Lafferty, pour raconter le parcours de ce monstre sacré.
« Si je commence, je deviendrai folle. Je réfléchirai demain » (Scarlett)

Le décor représente un salon où trônent deux fauteuils rouges et, sur une table, des roses blanches. En toile de fond, l’affiche d’Autant en emporte le vent. Rhett Butler (Clark Gable) tient dans ses bras Scarlett O’Hara (Vivien Leigh). Les lumières de Denis Koransky évoquent celles d’un incendie, scène mythique du film. Vêtue d’une magnifique robe blanche signée Christophe Lebo, dans un look totalement années cinquante, cheveux blond platine – alors qu’elle était brune –, Vivien Leigh semble sortir des limbes. L’actrice oscarisée par deux fois s’adresse aux spectateurs. Ils figurent les journalistes venus l’interroger sur sa carrière. « Non, il n’y a pas de questions taboues mais j’apprécierais qu’on ne me demande pas quel rôle je jouais dans Autant en emporte le vent« .
Le ton est donné. Le fantôme de Scarlett sait que le temps a fait son ouvrage. Bien des gens ignorent qui elle est. En 2025, on peut se demander si les jeunes, hormis les cinéphiles, connaissent ce grand classique du 7e art, considéré comme « l’un des meilleurs films de tous les temps ». Cette pièce, traduite avec pertinence et interprétée avec grâce par Caroline Silhol remet cette immense comédienne sous les feux des projecteurs.
« Je ne veux pas de réalisme. Je veux de la magie ! » (Blanche Dubois)
Dans une totale liberté, Vivien Leigh raconte son enfance en Inde, ses débuts, son désir d’incarner Scarlett, le tournage chaotique du film, Hollywood et ses défauts… À travers ce portrait, on entend l’histoire d’une femme ayant assouvi toutes ses passions, dont les deux principales étaient le théâtre et l’immense acteur shakespearien, Sir Laurence Oliver. C’est, aussi, la triste descente aux enfers d’une femme qu’aujourd’hui on qualifierait de bipolaire et qui se fracasse en incarnant Blanche Dubois dans Un tramway nommé désir. Abandonnée par son grand amour, elle meurt à 53 ans, usée avant l’âge. Lors de ce triste jour de 1967, tous les théâtres de Londres avaient éteint les lumières de leurs frontons.
Cette nouvelle version du spectacle, quinze ans après sa création, a gagné en force. Sous le regard délicat d’Anne Bourgeois, Caroline Silhol a su jouer du temps pour nourrir son interprétation d’une intensité qui bouleverse.
Marie-Céline Nivière
Scarlett O’Hara – La dernière conférence de Vivien Leigh, de Marcy Lafferty
Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris.
Jusqu’au 4 mai 2025
durée 1h15.
Adaptation et interprétation : Caroline Silhol
Collaboration artistique : Anne Bourgeois
Lumières : Denis Koransky
Musique : Nicolas Jorelle
Costumes : Christophe Lebo assisté de Nadège Bulfay.